J’ai perdu mon emploi..

JR,  administrateur bénévole de Mirly-Solidarité, a souhaité partager avec nous ce témoignage imaginé… à partir de données réelles, pour nous aider à comprendre les enjeux du chômage de longue durée.

J’ai perdu mon travail il y a presque 2 ans ; il y a 10 mois, Pôle-Emploi m’a fortement conseillé de me faire accompagner par une association spécialisée, on m’a dit « association insertion ». Pourquoi pas. Je me suis présenté à Mirly-Solidarité, dans le Foyer protestant de la Duchère. Et donc depuis 10 mois j’ai des entretiens réguliers avec une conseillère, qui prend le temps de m’écouter , et aussi je vais parfois le lundi après-midi au café-emploi, nous sommes chaque fois une petite dizaine comme moi, avec des gens qui animent les échanges, des citoyens engagés je pense.

Il y a 2 mois on m’a demandé si je voulais bien répondre à un questionnaire, que ma conseillère devait remplir pour moi . « 60 autres personnes comme vous vont être interrogées, dans l’association » m’a-t-elle dit, « et plus de 400 sur Lyon ». « C’est une expérience : nous voulons mieux comprendre ce que vous apporte notre accompagnement, à des gens dans votre situation de chômeurs en difficulté ».

Même 3 mois après ma rencontre avec l’association j’aurais été incapable d’accepter, de répondre quoique ce soit – sinon que je me sentais comme un grand malade sans boussole, une personne qui s’évaporait lentement à ses propres yeux et aux yeux des gens du quartier.

Je ne veux pas vous souler, mais ce questionnaire, auquel j’ai répondu comme un convalescent répondrait à l’hôpital au toubib lui demandant « est-ce que vous allez mieux ? » m’a appris beaucoup de choses sur cette maladie du chômage.

Je ne savais plus ce que je savais faire, ce que je voulais faire, j’étais probablement plutôt déprimé – et maintenant j’y vois plus clair, je connais mieux mes qualités et mes compétences, et ma motivation est revenue : c’est vrai pour 90 % des personnes interrogées comme moi, m’a dit ma conseillère.

Ma vie s’était délitée, je n’avais plus le cadre du travail, d’autant que mes ressources avaient fondu. Et maintenant je gère mieux mon temps, j’ai retrouvé de l’autonomie dans mes déplacements par exemple. Pour 83 % des collègues c’est pareil.

Avec ma famille, comme avec mes voisins, j’étais devenue une ombre silencieuse ; avec les réunions d’échanges entre chômeurs de mon espèce, et aussi les sorties en ville avec le groupe « culture » où par exemple nous avons visité l’Opéra et rencontré des danseurs qui s’entrainaient, j’ai enfin senti que j’étais quelqu’un, j’ai entendu mon fils dire tout bas à sa mère « dis Maman, Papa je l’avais pas vu aussi super », je prends mes responsabilités maintenant. Idem pour notre groupe : nous nous retrouvons avec plaisir et chacun a des projets !

Bon, avec tout ça et ma recherche d’emploi ? Ca se précise, la semaine prochaine je pars en formation pour deux mois, je devrais trouver un job ensuite m’a assuré ma conseillère.

Peut-être un contrat d’un an seulement, c’est souvent comme ça. Pas trop grave : je me sens maintenant bien debout, bien armé pour rebondir, de job en job. Le travail aujourd’hui, c’est pour beaucoup de personnes une course de haies : mais pour ce sport, ça va maintenant, je me sens d’attaque.

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